"On m’avait dit que l’allaitement était naturel."

Pourtant, enceinte de ma première fille, je ne voulais même pas en entendre parler. J’avais envie de liberté. Peur de perdre mon corps. Peur aussi que le papa ne trouve pas sa place. Dans ma tête, l’allaitement n’était simplement “pas pour moi”.

TÉMOIGNAGES

Camille

5/13/20263 min read

On m’avait dit que l’allaitement était naturel.

Pourtant, enceinte de ma première fille, je ne voulais même pas en entendre parler.

J’avais envie de liberté. Peur de perdre mon corps. Peur aussi que le papa ne trouve pas sa place. Dans ma tête, l’allaitement n’était simplement “pas pour moi”.

Je voulais juste lui donner la tétée de bienvenue.

Mais au moment où je l’ai mise contre moi, quelque chose s’est passé. Quelque chose d’instinctif. De viscéral. D’inexplicable.

Un lien immense que je n’avais pas anticipé.

Alors j’ai voulu essayer.

Sauf que la réalité a vite rattrapé l’image que je m’en faisais. J’étais mal informée, mal accompagnée, constamment dans la peur de mal faire. Chaque tétée devenait source de doute. De fatigue. D’incompréhension.

Et très vite, l’allaitement s’est arrêté.

Pendant longtemps, j’ai cru que j’avais échoué.

Quelques mois plus tard, nous avons découvert que ma fille avait un frein de langue. L’ORL nous a expliqué qu’avec un frein de langue, la succion demande énormément d’efforts au bébé et que l’allaitement devient souvent très compliqué.

Quand j’ai entendu ça, j’ai ressenti un immense mélange de soulagement et de tristesse. Ce n’était donc pas seulement “moi”.

Alors, quatre mois après mon accouchement, j’ai voulu essayer de relancer ma lactation.

Comme si je refusais de faire le deuil de cette histoire.

Pendant trois semaines, j’ai tiré mon lait toutes les deux heures. Jour et nuit. Sans pause. Avec l’espoir fou que mon corps redémarre.

Mais mon corps était épuisé.

Et moi aussi.

Alors j’ai arrêté.

Mais intérieurement, il restait une énorme frustration. Une blessure ouverte. Quelque chose d’inachevé que je portais encore en moi des années plus tard.

Puis, quatre ans après, je suis retombée enceinte.

Et cette fois, peu importe comment se passerait l’accouchement : je voulais allaiter.

C’était devenu important pour moi d’une manière difficile à expliquer. Pas pour prouver quoi que ce soit. Pas pour être une “meilleure mère”. Mais parce qu’au fond de moi, cette histoire n’était pas terminée.

J’ai finalement subi une césarienne, ce qui ne facilite pas toujours le démarrage de l’allaitement. Mais cette fois, tout était différent.

J’étais informée.

J’étais entourée.

Mon mari m’a soutenue d’une manière incroyable. J’ai eu la chance d’être accompagnée par des personnes formidables. Et surtout, j’avais cette volonté profonde de me battre pour vivre cette aventure autrement.

Puis il y a eu mon bébé.

Un bébé demandeur. Patient. Connecté à moi d’une manière presque instinctive.

Bien sûr, il y a eu les nuits hachées. Les douleurs. La fatigue immense. Cette sensation parfois d’être constamment sollicitée. Ce corps qui appartient un peu moins à soi.

Mais cette fois, tout cela n’a pas eu raison de nous.

Aujourd’hui, mon fils a 21 mois et cette aventure lactée continue encore.

On me demande souvent jusqu’à quand.

Et la vérité, c’est que je n’ai pas de réponse précise.

Je crois que ce sera une décision qui nous appartiendra à tous les deux. À lui. À moi. À notre rythme. Peut importe les avis des uns et des autres, les commentaires, c’est notre histoire.

Je sens malgré tout que nous approchons doucement de la fin.

Et aujourd’hui, quand je regarde le chemin parcouru, je ressens surtout une immense fierté.

De la gratitude envers mon corps. Envers mon mari. Envers mon bébé.

Parce qu’ils m’ont permis de vivre cette expérience que je pensais perdue.

Cette plaie qui était restée ouverte pendant des années s’est enfin refermée.

Et aujourd’hui, je suis apaisée ♥️.

Camille